Te voilà face à cette grande porte vitrée, tu ne peux rien voir à travers les carreaux, ils sont floutés et ne dévoilent qu'une lumière tachetée de formes colorées. Tu dois ouvrir et entrer pour y voir plus clair. Tu ouvres et tu entres. Tu refermes la porte derrière toi et pousse le petit loquet. Te voilà dans ton univers à toi.
Tu vas t'asseoire sur ton lit. Pour cela tu dois monter à la petite échelle de bois. Tu t'installe confortablement au bord du matelas, les pieds ballants dans le vide. Saxo ronronne à côté de toi. Tu observes les murs zigzagués conçus par papa. Il reste encore quelques flocons de neige sur la tapisserie. Charlotte adorait les gratter et les regarder tomber par terre tels de vrais flocons. En face de toi, le grand placard dans lequel se reflète ton image. Tu as bien grandie. Tu parcoures la pièce du regard et ton attention s'arrête sur le tableau du petit pêcheur dont tu n'as toujours pas remis le cadre. Mais ce n'est pas grave, le petit pêcheur garde le sourire. Tes yeux poursuivent leur chemin. Ils croisent le regard de toutes les joyeuses peluches installées sur ton lit, contre le mur.
Puis, tu descends du lit, sans même passer par l'échelle et tu te diriges vers ta bibliothèque blanche. Tu attrapes un vieux livre, Les Malheurs de Sophie, que tu as lu et relu. Tu le feuillettes doucement... pauvre Sophie. Sur l'avant dernière étagère tu vois la collection de vieilles poupées de maman. Tu prends la petite habillée d'une robe jaune et noire et tenant un éventail. Tu la scrutes de ton regard d'enfant et la reposes délicatement.
Tu vas vers la table de nuit et ouvres le tiroir. Il est toujours là, ton petit carnet dans lequel sont rangés tes secrets et souvenirs. Tu défais le cadenas et plonge dans les pages colorées et parfumées... mais quelqu'un tape à la porte. « Caroline c'est fermé. ». Ce sont tes frères. Aujourd'hui tu veux bien les laisser entrer et partager ton jardin secret.




